L’empathie : un obstacle à la possibilité de changement ?

Mis à jour : 28 août 2019

J’avais contacté Léonard afin que nous fassions connaissance. Exerçant la profession d’hypnothérapeute et ayant été profondément marquée par l’œuvre de François Roustang qu’il a connu personnellement, j’étais fort curieuse de ce qui sortirait de notre échange. De tous les thèmes que nous avons abordés durant ce temps partagé, il y en a un qui m’a particulièrement interpellée : celui de l’empathie dans la thérapie. Il m’a semblé propice de tenter d’en dire quelque chose à partir de mon expérience de ce moment partagé.


Être là, écouter l’autre


Léonard et moi nous sommes retrouvés un vendredi d’avril dans un restaurant italien pour le déjeuner.

Je m’étais beaucoup réjouie de cette rencontre, quand bien même je me sentais un peu fébrile face à la réputation et au travail de Léonard.


Alors que nous entamons notre rendez-vous et que je tente de me présenter, je suis très vite frappée par l’intensité de présence de Léonard qui m’écoute avec beaucoup d’attention et de sérieux.


Je sens que mes paroles sont entendues, mais plus encore, que c’est quelque chose de mon être tout entier qui est vu. Bien sûr, le dialogue est détendu ; néanmoins, la parole trouve vite un chemin vers l’essentiel, ce qui m’est agréable.


La posture et la situation


Mais il y a autre chose ! La posture de Léonard m’est familière. C’est la posture qui est à l’oeuvre lorsque je pratique la méditation ; le dos droit, le corps entier attentif, et la simplicité de l’écoute qui accueille à neuf sans savoir d’avance - je me dis reconnaître ici cette présence au monde bien particulière dont parlait François Roustang, ce que m’évoque « l’être partout à la fois ». Une ouverture à lasituation.

Ce qui diffère le plus d’avec mes rencontres habituelles dans cette posture-ci, c’est que Léonard, malgré le fait que nous ne nous soyons jamais vus avant, ne cherche pas particulièrement à me mettre à l’aise en passant par les conventions conversationnelles usuelles (poser des questions futiles, hocher la tête, parler de rien...) Petit à petit, j’en ressens un immense soulagement.


Remarquant un lien entre cette présence et l’attitude du thérapeute dans le cadre de l’espace de l’hypnose, je décide de lui poser une question qui me travaille souvent en situation de pratique de l’hypnose : celle de l’empathie.


Car la situation me montre quelque chose qui vient questionner de manière évidente ce présupposé : « le thérapeute, à l’écoute du patient, se doit d’avoir de l’empathie pour lui ».


Robert Delaunay

Être hypnothérapeute


L’empathie, qu’en est-il ?

Léonard me dit – et c’était le sentiment avant lui de François Roustang – que l’empathie, contrairement à ce que nous pensons habituellement, n’aide pas nécessairement une personne en souffrance à aller mieux, mais qu’elle peut être un véritable frein à la possibilité de changement dans le cadre thérapeutique.

Cette opinion n’est pas commune. Partout, nous entendons dire qu’il faut développer de l’empathiepour les autres, qu’il faut avoir de la compassion, mot que nous ne comprenons pas vraiment, d’ailleurs.


Mais l’espace thérapeutique exige autre chose, me dit Léonard. Et notamment, une considération de la personne dans ses possibilités de changement inhérentes, bien plus qu’une résonnance émotionnelle en miroir redoublant la charge émotionnelle présente.

Petit à petit, je comprends la position qu’il évoque. François Roustang parlait d’un état de présence dont fait preuve le thérapeute qui permet la mise en présence du patient avec son propre écosystème. Ce geste profond et radical a pour effet de laisser émerger les ressources du patient, alors libéré du carcan étroit du « moi, moi-même et encore moi »[1].


Être thérapeute en hypnose, c’est ainsi donner par sa présence la permission à une personne de retrouver un rapport plus vaste à la situation elle-même, à l’espace, au système dans lequel il existe.

Trouver sa place


Je comprends alors que le déjeuner que nous partageons en est même un bon exemple. Car face à Léonard, je me sens dans le droit de m’asseoir exactement là où je suis. Je ne me sens pas « bien » parce que Léonard est gentil avec moi, ou parce qu’il tente de partager mon intimidation première, mais parce qu’il accorde de l’importance à ma présence sur terre.

Je peux sentir donc qu’il ne s’agit pas pour lui de se positionner vis-à-vis de moi, ou d’entrer en empathie avec moi, mais simplement de me donner de la place et d’y être complètement en ma compagnie. Au fond, je peux bien le constater de visu :


Léonard, tel le thérapeute, n’est pas empathique ; il est confiant.

L’hypnose est ailleurs


Cette expérience et cet échange me font voir que la dimension thérapeutique propre à l’hypnose – il me semble que nous pouvons dire ici ericksonienne, car c’est là l’héritage en propre de Milton Erickson – diffère considérablement des deux approches que nous avons tendance à relier à la figure du thérapeute en occident : celle du détachement psychanalytique qui se voudrait dans une distance favorisant l’analyse de la problématique du patient, ou celle de l’empathie un peu maternelle qui chercherait à comprendre la souffrance d’un autre en l’écoutant.

L’hypnose est ailleurs : elle est une mise en rapport à l’espace par la présence entière du thérapeute à son patient et à la situation.


Mise en présence ne veut pas dire empathie, mais plutôt assise juste et convenable. Seul ce point d’ancrage solide peut permettre, pour la personne en face, de trouver consciemment ou non, sa propre assise dans sa propre vie, et ainsi, faire jaillir le changement.


[1]Expression que j’emprunte à Fabrice Midal.



#Hypnose à Genève, #Hypnose ericksonienne, #Marie Duboule

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