L'hypnose n'est pas psychologique

Depuis que je m'intéresse à la question et que je pratique l'hypnose, on me demande souvent : "ça consiste en quoi ?"


Voilà une question à laquelle j'ai souvent bien de la peine à répondre ! Car l'hypnose n'a pas de définition ou de protocole arrêté. Elle est une réponse souple à une situation donnée.


Mais une réponse que je donne souvent pour tenter d'éclairer cette thérapie est la suivante : "l'hypnose n'est pas psychologique, c'est-à-dire qu'on ne cherche pas à comprendre le problème, mais à faire qu'il ne soit plus un problème."


Ne pas comprendre... mais remettre le problème à sa juste place.


Joan Miro, Le rêveur éveillé


La perspective psychologique commune, qui est celle de notre culture occidentale, repose sur plusieurs postulats. L'un de ces postulats consiste à dire que l'être humain possède un corps et un psychisme, et que la psychologie s'intéresse au psychisme de l'individu, à ses comportements, et aux processus mentaux.


Un autre postulat consiste à dire que l'on pourrait chercher à expliquer les phénomènes psychiques, notamment par les évènements passés ou l'enfance, et que cette compréhension serait à l'origine d'une guérison dans le cadre thérapeutique.


Ces postulats sont l'objet de questionnements passionnants. Bien qu'ils aient été acceptés comme vérité absolue par notre civilisation - suite à toute une tradition philosophique particulière - ceux-ci ont été par le passé contredits par plusieurs grands thérapeutes.


L'art de l'hypnose repose sur des postulats différents 


Milton Erickson, le médecin américain qui l'éleva au rang d'art thérapeutique au 20ème siècle, suggérait parfois à ses patients dépressifs de grimper la montagne en face de chez lui, puis de revenir. Ou bien de planter des fleurs et de les offrir à ses coreligionnaires. Ou bien de cirer le parquet toute la nuit pour guérir de l'insomnie.

Son approche était, par excellence, non-psychologique.


Non pas parce qu'il ne s'intéressait pas à la "psyché" de ses patients - dont on dit qu'il étaient l'objet à ses yeux d'une très grande considération - mais parce qu'il considérait l'être humain dans une totalité indissociée et en lien avec son environnement. 


"Vous souffrez ? Commencez par vous asseoir à votre place !"


Disait François Roustang. "Je pense juste que la psychologie n'existe pas parce que l'âme ou la psyché ou le psychisme n'existent pas. Il n'y a pas d'âme sans corps et pas de corps sans rapport à l'espace et à l'environnement." Ces propos, loin d'être anodins, en ont choqué plus d'un. Et pourtant, ils disent à la perfection ce que je vis régulièrement...  


Le cas de Lise  


J'ai reçu, il y a quelques semaines, Lise, qui à trente ans se sentait perdue dans sa vie. Elle venait de rompre avec son compagnon, et vivait dans une colocation qui, peu à peu, l'envahissait complètement.


Lors de la première séance, Lise a beaucoup pleuré. Elle faisait le deuil de cette relation dans laquelle elle avait placé beaucoup d'espoirs. Je lui ai proposé de s'asseoir avec cette déception, de l'inviter à s'asseoir avec elle dans le fauteuil. De complètement l'embrasser, de la faire sienne. Les minutes passant, nous sommes restées en silence. Et sa tristesse s'est apaisée. 


A la fin de la séance, je lui ai suggéré deux choses : aller chez le coiffeur, et changer de colocation.


Joan Miro, L'or de l'azur

Un mois plus tard, Lise est revenue, rayonnante : elle avait un entretien d'embauche bientôt, et elle semblait voir sa situation comme un nouveau départ. Elle s'était coupé les cheveux, c'était frais, c'était un changement. Nous avons alors travaillé sur sa posture physique : comment elle se tenait sur la chaise. Son dos exprimait alors quelque chose comme de la timidité, et de l'immaturité. Je lui ai pointé ce phénomène.  


Nous avons travaillé à nous asseoir de sorte à ne plus nous excuser. A parler avec le sourire, à parler comme une adulte qui a la responsabilité de sa vie.


J'ai appris la semaine dernière que Lise avait eu le poste !


Cette séance peut m'aider à pointer trois choses :  


Premièrement, l'hypnose ne requiert pas nécessairement l'état hypnotique que l'on imagine (être à moitié endormi sur sa chaise, inconscient !)


Deuxièmement, nous n'avons pas cherché à expliquer sa tristesse. Tout l'effort du travail thérapeutique a été de faire que Lise puisse au contraire la rencontrer sans la comprendre. Mais la rencontrer pour de bon.


Enfin, nous n'avons pas considéré son psychisme en dehors de son environnement, de ses actes corporels. Nous sommes parties du corps pour aller vers la guérison.



J'aime l'hypnose, car elle me libère de cette nécessité de comprendre.


Je sens, parfois, à force de travailler dans ce sens-là, qu'il serait juste nécessaire d'aller me balader pour qu'un chagrin suive son cours. De repeindre un mur pour changer de perspective. De m'asseoir sans rien faire pour retrouver ma place. Et alors je remercie Milton et François d'avoir ouvert ce chemin neuf pour l'occident.


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